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CADRANS SOLAIRES DE TOURAINE ET D'AILLEURS
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Une méridienne à canon au musée des amis du vieux Chinon

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Midi pétante ! ou le canon méridien

Au musée des Amis du Vieux Chinon, dans une vitrine, au troisième étage, est exposé un petit canon fixé sur un socle circulaire en marbre. Une loupe est positionnée au-dessus grâce à deux bras articulés sur des quarts de cercles gradués. Il s'agit d'un canon méridien ou méridienne à canon qui servait à indiquer midi précise. Mais voyons un peu plus en détail, les notions de temps que cela devait impliquer.

Le canon méridien.
Musée des Amis du Vieux Chinon (Indre et Loire, France)

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La mesure du temps.
Pendant très longtemps il n'y eut pas de moyen simple et précis pour déterminer l'heure, dans la vie de tous les jours, c'était la course du soleil qui servait de repère. Grecs et Egyptiens avaient déjà inventé divers types de cadrans solaires, mais la période moyenâgeuse vit un net déclin de cette science en Europe. Mais lorsque les moyens de déplacement et le commerce se développèrent, il fallut bien augmenter la précision. On construisit donc des cadrans solaires de plus en plus grands et de plus en plus précis. Puis vint l'horlogerie qui doit sont développement aux grands voyages maritimes.

Les méridiennes.
Les montres et horloges se multiplièrent, mais la précision n'était pas celle d'aujourd'hui. De plus, c'était encore l'heure solaire qui servait de référence. Les montres donnent une heure moyenne alors que le Soleil indique " le temps solaire vrai ", la différence entre les deux, " l'équation du temps " peut être de plus 16 minutes à moins 14 minutes selon l'époque de l'année. Tout cela obligeait chacun à remettre régulièrement sa pendule à l'heure d'après le cadran solaire le plus proche. On en fit d'un nouveau type, les méridiennes qui n'indiquaient l'heure qu'à midi. Pour améliorer encore la précision on augmenta la taille des tracés, c'est pourquoi on ne conserva que la ligne de 12 h avec éventuellement celles de 11 h et 13 h et parfois les lignes des demies, des quarts et même des 5 minutes pour les plus précises.

Les méridiennes à canon.
Il était nécessaire de se déplacer pour aller consulter la méridienne. Si on voulait mettre à l'heure sa montre de poche, pas de problème on pouvait l'emporter avec soi, mais pour les horloges fixes, durant le retour il s'était écoulé un certain temps que l'on ne pouvait qu'estimer approximativement. A quoi bon alors, avoir une méridienne au tracé très précis !. On eut donc l'idée d'utiliser l'énergie solaire pour allumer la mèche d'un canon à midi juste. Le bruit du canon s'entendait dans toute la ville et chacun pouvait mettre son horloge à l'heure sans bouger de chez soi.

Fonctionnement.
Au XVIIIe siècle, des savants comme Lavoisier ou Buffon se passionnaient pour les lentilles et verres ardents. C'est tout simplement ce système qui fut utilisé pour allumer la mèche des canons méridiens. Il fallait qu'il soit orienté et réglé convenablement. Tout d'abord il devait être parfaitement aligné avec l'axe nord sud du lieu, " le méridien ". Le soleil culmine à midi, à des hauteurs différentes selon la saison. Il fallait donc régler la hauteur de la lentille grâce aux quarts de cercles sur lesquels était gravées les dates. Il ne restait plus qu'à mettre la mèche, charger le canon de poudre et attendre l'instant fatidique. A midi pile (on pourrait dire pétante !), les rayons du Soleil, concentrés par la loupe, enflammaient la mèche et déclenchaient le tir. S'il n'y avait pas de nuage !

L'exemplaire du musée des amis du vieux Chinon.
La platine circulaire en marbre a un diamètre de 28 cm et une épaisseur de 3 cm. Il y est gravé un cadran solaire horizontal qui indique les heures de 6 h du matin à 6 h du soir. Les lignes des heures pleines sont tracée entières et numérotées en chiffres romains, celles des demies et quarts d'heure ne sont tracées que partiellement. Le style, dont l'ombre indique l'heure, est un triangle plein en bronze ou laiton avec un côté découpé pour une simple raison d'esthétique. L'angle entre l'horizontale et le côté incliné doit être égal à la latitude du lieu. Celle-ci est gravée juste devant le style : 47° 41' 8". Il est intéressant de noter que la latitude de Chinon est de 47° 10', ce cadran n'a donc pas été prévu pour cette ville mais un peu plus au nord, le cercle de longitude de 47° 41' passe par exemple aux environs de Château du Loir. Une autre inscription est gravée : " Huette opticien quai de l'horloge N°75 à Paris ", il s'agit probablement du fabricant. Sur la tranche, le N° 3014 est peut-être un numéro de série. Le mécanisme de réglage de la lentille est constitué de deux bras articulés autour de deux quarts de cercles où sont gravées des graduations correspondant aux dates, des vis permettent le serrage dans la bonne position. A l'extrémité des bras, deux autres vis permettent de régler le parallélisme de la loupe. Le canon, très simple, est fixé par deux supports latéraux, une fente allongée permet d'introduire la mèche. Il s'agit d'un modèle qui semble assez répandu, j'en ai retrouvé plusieurs semblables dans le département d'Indre et Loire. L'un est exposé dans une vitrine du château de Bridoré, presque en tous points identique sauf les inscriptions gravées. Dans un château privé de la région de Tours, j'ai pu en voir un autre qui diffère très légèrement en ce qui concerne le système de réglage de la lentille et le style du cadran solaire a disparu. Il m'en a été indiqué d'autres que je n'ai pas encore eu l'occasion d'aller visiter. Ces objets ne comportent pas de dates, mais il dateraient du début du XIXe siècle.

Canon méridien, Château de Bridoré (Indre et Loire, France)
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Canon méridien. Château privé, région de Tours (Indre et Loire, France)
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