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CADRANS SOLAIRES DE TOURAINE ET D'AILLEURS
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UN CADRAN EQUATORIAL A FRANCFORT A.M.
par Reinhold KRIEGLER



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Nice est une très belle ville Française sur la côte d'azur. Mais on appelle aussi Nice (Nizza en Allemand) un quartier de Francfort situé sur les bords du Main, la rivière qui traverse cette ville d'Allemagne. On y réalisa un magnifique projet grâce au service des parcs et jardins de la ville de Francfort et certainement aussi grâce à quelques politiciens intelligents de l'après guerre. Tant que des villes imagineront et développeront de telles idées il y aura des gens pour y vivre !

Dans cette zone de parcs et jardins le long de la rivière Main, les jardiniers de la ville de Francfort ont planté un grand nombre d'espèces végétales d'origine méditérranéenne, ce qui créa une impression de climat du sud au beau milieu d'une ville encore fortement marquée par les bombardements. A la belle saison, les gens venaient dans cette " Nice ", s'y relaxaient parmi une végétation luxuriante, y faisaient la sieste et se croyaient sur les bords de la Méditérranée.

Dans cette " Nice ", on installa aussi un grand cadran solaire équatorial de 3 à 4 mètres de diamètre. Dans un petit magazine appelé " Technischer Ansporn " il fut même déclaré " plus grand cadran solaire du monde ! ". Quelle idée folle ! La seconde guerre mondiale venait juste de se terminer et les gens essayaient de s'en sortir comme ils pouvaient dans un pays en ruines. Il y avait certainement bien d'autres priorités que de construire un cadran solaire géant !

Le professeur Lothar Loske, un ingénieur en horlogerie d'environ trente ans qui n'était même pas citoyen de Francfort, a persuadé le conseil d'administration de la "Vereinigte Deutsche Metallwerke AG (VDM)" (les aciéries unies Allemandes) de fabriquer un cadran solaire entièrement fait en cuivre et en faire don à la ville et aux habitants de Francfort ! Vu de notre époque, cette idée paraît complètement folle, surtout pour une usine n'étant pas habituée à recevoir des commandes aussi compliquées. D'ordinaire ils produisaient des marchandises semi-finies et les vendaient à d'autres entreprises qui les développaient. Mais dans cette période d'après-guerre il y avait un climat spécial qui incitait à tenter l'impossible ! Il y avait des gens qui voyaient plus l'intérêt d'un défi que les difficultés à résoudre le problème.

Madame Loske.

Imaginons un instant la situation : En 1949 les cadrans solaires n'étaient plus tellement à la mode. C'était plutôt un outil inutile ! un objet de luxe ! Cependant les plans de M. Loske contenaient une idée exceptionnelle et très moderne ! Ce cadran devait posséder un anneau mobile avec lequel les passants pourraient régler l'heure pour deux cents localités différentes du globe terrestre. C'était l'époque où personne n'avait d'argent pour voyager, c'était donc en rêve que l'on faisait les voyages. Quelle formidable idée de créer un tel outil et de l'installer dans un quartier dédié aux loisirs.

Cette manière de penser perdure encore de nos jours à Francfort ! Nous savons bien que toutes les grandes agglomérations Européennes manquent d'argent. Malgré celà, en 2004 la ville de Francfort dépensa beaucoup d'argent pour restaurer ce gros cadran solaire de 1000 kg qui avait été en partie abîmé par des vandales et avait souffert de l'usure du temps durant ses cinquante années de service. Il a été réinstallé à environ 1,4 km de son emplacement d'origine. Depuis 1951, ce fut un judicieux investissement sur le futur ! Si l'on compare le coût original de 21 000 DM (environ 10 000 Euros) au budget publicitaire qui aurait été nécessaire pour obtenir le même résultat, on peut dire que cette somme d'argent fut un splendide investissement ! Grâce aux innombrables cartes postales, posters, brochures, articles, ce cadran solaire a été un excellent ambassadeur de la ville. Des milliers d'habitants et de visiteurs sont passés devant.

Ce n'était pas du tout un modèle ordinaire de cadran solaire. C'était quelque chose de très spécial qui n'avait encore jamais été réalisé. C'était à la fois une œuvre d'art et une réalisation majeure en gnomonique. C'était aussi une remarquable réalisation parmi toutes celles construites par le professeur Loske en Europe et plus tard au Mexique. Mais même si vous avez une splendide idée et un plan de réalisation parfait, tant que vous ne trouvez pas un client cela ne reste qu'une idée. Mais M. Loske devait avoir une nature très convaincante qui lui permettait de transmettre son inspiration aux autres. Il réussit à convaincre le président du conseil d'administration de la VDM dont l'usine put construire le cadran solaire et le donner à la ville de Francfort !

En premier lieu le cadran doit être construit, il faut donc que quelqu'un dans cette grande entreprise prenne la responsabilité de dire : " Nous pouvons le construire ! ", et ce " quelqu'un " a été une jeune femme qui travaillait comme ingénieur dans cette usine, une femme dans un milieu d'hommes ce qui était très rare à cette époque. Elle s'appelait Hildegard et était fiancée à un certain Kurt Langeloth. Après qu'un responsable hiérarchique lui ait demandé si leur société pourrait construire ce cadran, elle rentra chez elle, en parla avec son fiancé et lui dit : " Je n'ai aucune idée sur la façon de construire un tel cadran géant ! Je n'ai pas assez de connaissances en astronomie. Ce cadran devra fonctionner parfaitement avec une précision de quelques secondes ! ". Kurt Langeloth, qui n'était encore qu'un étudiant en ingénierie, la rassura en disant : " Je me suis beaucoup intéressé à l'astronomie quand j'étais à l'école ! Je t'aiderai et ensemble nous aplanirons toutes les difficultés ! ". Le lendemain matin, Hildegard la future madame Langeloth accepta et dit aux responsables de sa société : " Oui, nous pouvons construire ce cadran solaire ! "

Kurt Langeloth et Reinhold Kriegler
En 2003, un des fils de Lothar M. Loske visita Francfort mais ne trouva pas le cadran solaire de son père à l'endroit originel. Son frère, le Dr Achim Loske, me demanda, par l'intermédiaire de Martha A. Villegas, si je pouvais découvrir ce qui était arrivé au cadran. Rapidement je pus répondre au Mexique que la ville de Frankfort avait décidé de restaurer le cadran et qu'il serait ensuite installé dans un meilleur endroit, plus ensoleillé, près de la rivière Main. Après l'inauguration du cadran en août 2004, j'ai appris qu'un ingénieur de 84 ans, Kurt Langeloth, avait pris part à la cérémonie. Je lui écrivis une lettre pour lui demander si je pouvais lui rendre visite à Francfort et lui poser quelques questions sur la construction des cadrans solaires durant la seconde partie du siècle dernier. Il accepta et m'invita chez lui. Il me montra de très intéressants documents anciens qu'il avait précieusement gardés dans un album et me raconta de nombreux détails sur la construction de ce cadran.

Tout le monde dans cette entreprise pensait que c'était une idée complétement folle. Cela dura très longtemps, presque deux années, depuis le début jusqu'à l'inauguration du cadran. Beaucoup d'obstacles ont dû être franchis, à commencer par trouver les matériaux nécessaires à la construction mais aussi la fabrication du support de la sphere qui, pour supporter un tel poids, devait être fait en acier puis galvanisé au cuivre dans une autre ville. Au final on calcula que 6000 heures de travail environ furent nécessaires. Les ouvriers travaillaient toujours en priorité sur les fabrications qui faisaient gagner de l'argent à l'entreprise et ne s'occupaient du cadran que lorsqu'ils avaient du temps libre. Ce travail a demandé un grand savoir faire artisanal mais aussi des milliers de coups de marteaux qui ont été donnés patiemment. Les nombreuses pièces, toutes différentes, ont dû être ajustées et fixées avec précision. Il est étonnant de voir combien cette construction d'une tonne peut paraître légère et lumineuse.

Si vous venez à Francfort, ne manquez pas l'opportunité de marcher le long du Main et contempler le cadran solaire de M. Loske. Commandez du Soleil pour cette journée et essayez de trouver la ville d'où vous venez. Si vous habitez une grande ville, vous devriez avoir une bonne chance qu'elle fasse partie des 200 localités qui sont gravées sur l'anneau des heures internationales. Ajustez le et lisez l'heure solaire locale de la ville où vous habitez. Après ce travail vous aurez besoin d'un peu de repos sur un des bancs situés aux alentours et n'oubliez pas d'avoir une petite pensée pour le créateur de ce magnifique cadran : Lothar M. Loske !